Discerner pour décider
Frédéric Rochet 19/05/2016

Boussole

Décider, c’est vivre. Vivre, c’est décider. Sans en avoir conscience, j’engage ma liberté et ma responsabilité dans de multiples décisions, petites ou grandes qui tissent la trame de ma vie. Arrêtons-nous sur cette activité de la décision qui nous est aussi familière que la respiration et voyons comment développer nos capacités de discernement afin de décider ce que nous voulons vraiment.

Décider, c’est vivre. Vivre, c’est décider

Décider, c’est la vie. Je décide comme je respire.

De multiples décisions structurent ma vie. Il y a les décisions, à priori sans conséquence,  d’autres décisions fréquentes et ordinaires qui engagent, que nous prenons naturellement sans effort particulier. Il y a les décisions, moins fréquentes, plus importantes par les conséquences qu’elles entraînent dans la durée, pour soi et autrui. Enfin, il y a ces grandes décisions qui elles engagent toute l’existence.

C’est dans toutes ces décisions que jour après jour, j’engage, j’exerce sans avoir véritablement conscience ma liberté. Il n’y a pas de petites ou de grandes décisions. La cohérence d’une vie se construit dans les petites décisions comme dans les grandes. Les petites préparent les grandes.

Décider, c’est la vie. Et pourtant, prendre une décision est souvent un acte difficile, voire douloureux : embarras devant la multitude des options possibles, peur de l’erreur, du regard des autres, méconnaissance de mes désirs les plus profonds, difficulté à me fixer des critères de choix cohérents. Je peux me trouver bien souvent impuissant à décider et être tenté de me laisser porter par le hasard ou les évènements.

Les décisions, liées aux rencontres avec les évènements, constituent des moments-clés dans la vie qui sont autant d’opportunités pour avancer. La décision est ce moment ou je peux changer ou non le cours des choses, ou je peux l’orienter dans une direction ou dans une autre.

Si je prends le temps de relire la manière dont je m’y prends pour décider, je vais souvent être tenté de justifier à postériori mes décisions. Mais finalement, ai-je vraiment conscience des raisons qui m’ont poussé à choisir ceci plutôt que ce cela ? Ai je été vraiment libre ?

Décider, c’est faire ce que je veux vraiment. Enjeu du discernement : Vouloir ce que je choisis pour contribuer davantage à une finalité (et pas seulement pour atteindre des objectifs). Il y a là un enjeu de liberté, de responsabilité.

Chaque décision importante peut être l’occasion de réfléchir sur ce qui m’anime en profondeur et le sens que je veux donner à ma vie. C’est l’occasion d‘une meilleure connaissance de soi, de prendre conscience de ce qui vient entraver ma liberté et d’unifier progressivement mon existence.

La décision apparaît comme la recherche d’une réponse personnelle et intérieure face aux évènements qui surviennent.

Chaque décision importante peut être l’occasion de réfléchir sur ce qui m’anime en profondeur et le sens que je veux donner à ma vie. C’est l’occasion d‘une meilleure connaissance de soi, de prendre conscience de ce qui vient entraver ma liberté et d’unifier progressivement mon existence

Développer ses capacités de discernement

Le mot discernement nous renvoie tout naturellement à l’idée de décision. Décider c’est trancher, au sens de retenir une option parmi toutes celles qui s’offrent à nous ou encore, de choisir une ligne de conduite au détriment d’autres.

Etymologiquement, discerner signifie à la fois mettre à l’épreuve, examiner, estimer, soupeser mais également trier, séparer, choisir et cela grâce au travail discursif de la connaissance et du jugement. Le discernement peut être comparé à l’image de la balance. De quel côté va-t-elle pencher ? Dans la Bible, le discernement apparait comme un des dons les plus précieux que Dieu fait à l’homme…

Fonder ses choix sur la pratique du discernement est une façon d’éviter les pièges des méthodes habituelles de prise de décision et ceux d’une subjectivité non contrôlée. L’approche par le discernement qui a été formalisée par Bernard Bougon et Laurent Falque (Pratiques de la décision – Dunod) offre des réponses satisfaisantes à trois questions essentielles quand je suis face à une décision : Comment dois-je m’y prendre ? Au nom de quoi vais je prendre ma décision ? Que dois je prendre en compte ?

  • Comment je dois m’y prendre ?
    L’approche par le discernement offre un cadre et un cheminement qui permet de vérifier que la question du choix est bien posée , que j’ai retrouvé mon libre-arbitre et que je suis capable d’examiner les options avec la même sympathie, que je vis une vraie délibération qui va me permettre de manifester une préférence claire pour une option ou pour une autre.
  • Au nom de quoi ?
    Le travail de discernement va également porter sur le choix d’une finalité, pour moi même ou pour mon entreprise, qui va agir comme un point stable qui me guidera dans mon choix. Je retiendrai au final l’option qui contribuera davantage à la réalisation de ma finalité. Par finalité, nous entendons le désir de contribuer à quelque chose qui dépasse mes intérêts personnels ou ceux de l’entreprise.
  • Que dois-je prendre en compte ?
    Si la prise en compte des données objectives a évidemment toute sa place, la subjectivité doit également être prise en compte et « contrôlée ». Pour cela, le travail de discernement doit également porter sur la valeur à accorder aux événements, mais aussi et surtout sur l’origine des pensées qui nous traversent : les évènements ont des significations différentes au regard d’une finalité professionnelle. Les pensées sont « fiables ou rusées » au regard de la finalité professionnelle. Certaines idées proviennent de la volonté de contribuer toujours plus à la finalité, d’autres suggestions intérieures nous invitent à préférer la satisfaction du court terme et le plaisir immédiat de l’action facile. Le discernement des pensées consiste à rechercher en soi une réponse intérieure, non déterminée a priori. Cela se traduira  dans la manière dont je suis affecté (au sens d’affectivité) : certaines pensées qui me traversent me dynamisent ou au contraire me troublent,  m’incitent à me replier sur moi-même. Elles me confirment ou au contraire m’avertissent du chemin que je dois prendre.
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