Le sens, une valeur en hausse dans l’entreprise
Frédéric Rochet 15/06/2016

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La perte de sens s’est imposée comme une des questions essentielles auxquelles sont confrontées les entreprises. Les managers sont en attente de clés pour penser et construire le sens dans les organisations. Notre article montre comment, malgré tout le sens gagne progressivement du terrain et s’impose petit à petit comme une valeur centrale dans l’économie.

Faire face à la perte de sens

S’interroger sur la construction de sens est essentiel aujourd’hui où de nombreux acteurs déplorent une perte de sens dans l’entreprise et de l’entreprise.

  • Sens de l’entreprise

La capacité à donner un sens à l’action pourrait être une des clés pour trouver ou retrouver efficacité et performance (Redonner du sens dans l’entreprise pour sortir de la crise – Cahiers de Friedland n°9) mais également pour comprendre l’adaptabilité et la longévité des entreprises. La recherche de sens est d’autant plus sensible que nous sommes engagés dans une phase de mutations profondes au cours desquelles les personnes et les organisations sont contraintes de se « réinventer ».

  • Sens dans l’entreprise

De nombreux articles publiés ces derniers mois insistent sur le plaisir et le bien être au travail. Mais, ce qui est le premier c’est le sens. Le sens donné à l’action constitue le fondement de l’implication des individus dans l’organisation. L’action ne vaut que par le sens qu’on lui donne. « Des hommes sont prêts pour accomplir une tâche pourvue de sens, à consentir à des renoncements, voire, s’il le faut, à laisser tels besoins insatisfaits. Dans la recherche du sens, le bien être physique et moral joue un rôle secondaire. Rien par contre ne compense une déconvenue dans la recherche du sens.» (Elisabeth Lukas – La Logothérapie, théorie et pratique, Pierre Tequi éditeur). Un travail qui a du sens ne protège pas de la difficulté, voire d’une certaine souffrance. Par contre, seul le sens donne une vraie raison d’être et de travailler.

Un travail qui a du sens ne protège pas de la difficulté, voire d’une certaine souffrance. Par contre, seul le sens donne une vraie raison d’être et de travailler.

Vers l’entreprise hybride: concilier recherche de sens et rentabilité

Ceci dit, sans nier la perte de sens vécue par beaucoup, nous observons que le sens est une valeur en hausse dans les entreprises .

Avec la crise, certaines organisations et dirigeants en ont pris conscience et se sont engagés dans une recherche de sens en revoyant notamment les modes de management. Ainsi le manifeste du MEDEF met en avant certaines attitudes fondamentales pour construire le sens: une ambition partagée, des objectifs clairs, un projet d’entreprise explicite. Une organisation et des responsabilités clairement définies, cohérentes avec le projet d’entreprise…une culture managériale qui bâtit la confiance (Manifeste pour un nouveau management, MEDEF, 2011)

Les entreprises dites classiques fournissent de nombreux efforts en matière de RSE et d’innovation sociale. Par innovation sociale, il faut entendre la capacité de concevoir et mettre au point toute nouvelle stratégie, idée ou organisation susceptible d’améliorer une situation ou répondre à un besoin social. Elles cherchent à faire la preuve qu’elles ont une véritable raison d’être, qu’elles sont porteuses de sens pour leur environnement, mais également pour les collaborateurs.

Certaines entreprises telles Essilor ou Danone se sont lancées résolument dans le social business en cherchant à articuler profitabilité, réponse aux besoins des communautés et sens pour les collaborateurs. Pour Michael Porter, il s’agit de la prochaine frontière compétitive pour les entreprises

« Business at its best: innovating to meet society’s needs and build a profitable enterprise. Achieving those twin goals represents the next competitive frontier for companies. » (http://hbr.org/2013/09/innovating-for-shared-value/ar/1)

 

Par ailleurs, l’économie sociale a le vent en poupe. Le modèle qu’elle propose correspond bien à ce besoin de sens qu’exigent nos contemporains à propos de leur travail. Les valeurs que sont la responsabilité sociale et environnementale, les droits des personnes, la bonne gouvernance et la démocratie d’entreprise, le lien social sont censées y trouver leur place. L’économie sociale a vocation à se développer fortement en réponse aux difficultés économiques et sociales et à reconstituer des entités de service porteuses de sens pour les sociétaires comme pour le personnel, contre les excès de l’économie financière et de l’individualisme (Cahiers de Friedland n°9).

L’engouement pour les start-up, la nouvelle économie, l’économie collaborative, peut être également expliqué par le besoin de sens: « Le sens est très présent dans les start-up car le moteur principal dans ce genre d’équipes, c’est la passion, le sentiment de participer à une aventure, le fait de créer quelque chose. Et le sentiment prévalent, partagé par tout le monde, dans ce type de structure est que l’on va changer le monde, même infinitésimalement. » (Construction de sens et start-up : quelle compatibilité ? – Rafi Haladjan – Cahiers de Friedland n°9)

Il devient donc inutile d’opposer l’entreprise sociale qui serait créatrice de sens et l’entreprise classique qui elle serait «destructrice de sens» : la recherche de sens devient pour les entreprises, quelque soit leur nature, un facteur incontournable. L’entreprise de demain sera aucun doute hybride : économiquement viable ou rentable et porteuse de sens.

Dans nos prochains articles, nous explorerons les différentes dimensions du sens dans l’entreprise : comment l’appréhender, comment le définir, comment le penser, comment le construire ?

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